![]() |
| Manœuvrage 3 000 FCFA/jour |
Les amis, laissez-moi vous conter la fabuleuse aventure d'un spécialiste en douane et logistique. Un bac+4 de l'ENA du Niger, un bac+5 en prime, 6 ans d'expérience, et des salaires passés qui donnaient le vertige, flirtant avec les 350 000 FCFA par mois. Une pointure, quoi. Et voilà que ce même monsieur décide, par on ne sait quelle fantaisie, de se retrouver à travailler pour une entreprise de transit qui, il le sait, ne peut même pas payer son café.
L'entretien d'embauche fut un grand moment de lucidité. Le recruteur, visiblement impressionné par le CV, ne cachait pas son embarras face à la question du salaire. Notre spécialiste, dans un élan de générosité (ou de naïveté, c'est selon), lui lança une proposition digne des plus grands philanthropes : "Monsieur le DG, payez-moi ce que vous jugez que je vaux." Une offre honnête, sans doute la plus transparente de l'histoire du marché du travail nigérien.
Et notre héros de s'investir corps et âme, du lundi au vendredi, de 9h à 17h (avec la pause prière du vendredi, évidemment). "Oui patron, oui chef, mes excuses chef, je suis à genoux", tout y est passé. Les efforts, les présences, la soumission, rien ne fut laissé au hasard. Un mois de travail acharné. Le genre d'effort qui, dans un monde normal, mériterait au minimum un petit extra pour la Tabaski.
Et justement, la veille de la Tabaski, notre spécialiste, dans un élan de bravoure, a osé demander son dû. La réponse du recruteur fut à la hauteur de son manque d'appréciation : 3 000 FCFA. Non pas 30 000, ni même 300, mais 3 000. Le prix d'une bonne pizza, d'une petite course en taxi-moto, mais certainement pas d'un mois de travail d'un double diplômé de haut vol.
Pour justifier ce montant mirobolant, le recruteur, avec une sincérité désarmante, a eu l'audace de déclarer que notre spécialiste avait "mal fait son travail". C'est là que l'histoire prend tout son sel. C'est donc après un mois d'effort, à la veille d'une fête sainte, que l'œil du recruteur, soudainement perçant, s'est posé sur la qualité du travail. Avant, tout était parfait. Le DG n'avait d'ailleurs pas jugé bon de faire de remarques. C'est à la caisse que l'on découvre la marchandise, et pour le recruteur, la marchandise ne valait qu'un poulet.
Mais ne vous y trompez pas. Notre spécialiste ne cherchait pas l'argent. Non, il voulait simplement rembourser une dette d'honneur. Il avait reçu 5 000 FCFA de ce même DG pour imprimer et déposer des requêtes pour le recrutement sans concours des diplômés en douane. Une cause noble, même si, comme il le dit, "Allah l'a toujours nourri, pas la douane !" En soi, il voulait simplement manifester sa reconnaissance.
Le regrette-t-il ? Il ne regretterait sans doute rien si le DG n'avait pas jugé son travail de "médiocre". Travailler gratuitement par principe, c'est une chose. Travailler gratuitement et se faire insulter, c'en est une autre. Mais bon, à la fin de la journée, il s'est retrouvé avec 3 000 FCFA et une leçon de vie inestimable. C'est le prix à payer pour l'expérience, après tout. Et à ce prix-là, c'est presque une aubaine.
A lire aussi :

Commentaires
Enregistrer un commentaire