Entre Sécurité et Finances : le deal (ou le dilemme ?) de la Douane Nigérienne

Entre Sécurité et Finances : Le Deal (ou le Dilemme ?) de la Douane Nigérienne 


Ah, la douane ! Ce rempart inébranlable entre le dedans et le dehors, guerrier de garde vigilant aux frontières, ce… percepteur impitoyable ? Il semblerait qu’au Niger, le cœur de la douane balance, et pas qu’un peu. L’Organisation Mondiale des Douanes (OMD), cette bible du douanier moderne, regorge de publications et de données, mais même elle ne saurait cacher l’évidence : la douane nigérienne semble avoir fait un choix… disons…intéressant.

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Jadis Bras Armé, Aujourd’hui Tirelire ?

Autrefois, on parlait de la douane comme d’un acteur majeur de la sécurité nationale. Lutte contre la contrebande d’armes, traque des terroristes, interception des trafics illicites… Bref, un James Bond en uniforme beige (ou bleu, selon les jours). Mais ça, c’était avant. Avant quoi, me direz-vous ? Eh bien, avant que les sirènes de la finance ne retentissent avec une force irrésistible.

« Mobilisation des recettes », « optimisation des flux commerciaux », « facilitation des échanges »… Autant de termes ronflants qui, traduits dans la langue de Molière, signifient : « Faites rentrer l’argent ! ». Et tant pis si, au passage, quelques menus détails comme la sécurité des frontières passent à la trappe. Après tout, qui s’intéresse encore aux détails, hein ?

L’OMD, Témoin Silencieux (mais Pas Dupe)

L’OMD, dans sa grande sagesse, ne prend pas ouvertement parti. Elle se contente de publier des rapports, des statistiques, des recommandations… Autant de signaux discrets qui pointent vers un déséquilibre flagrant. On nous parle de renforcement des capacités en matière de gestion des affaires internes (Programme A-CPI), de lutte contre la corruption (encore elle !), mais curieusement, les initiatives axées sur la sécurité semblent s’être évaporées comme une taxe mal perçue.

Pourtant, l’OMD ne manque pas de souligner l’importance cruciale de la douane dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale. Mais visiblement, au Niger, on a d’autres priorités. Les témoignages de satisfaction pleuvent pour les saisies de marchandises (surtout si elles sont taxables), mais les opérations de sécurisation des frontières semblent reléguées aux oubliettes

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Le dilemme Cornélien (et la question Qui tue)

Alors, deal ou dilemme ? La question mérite d’être posée. Doit-on sacrifier la sécurité sur l’autel des finances ? Faut-il choisir entre le rôle de gendarme et celui de percepteur ? La réponse, bien sûr, est complexe. Mais une question cruciale se pose, soulevée par un diplômé en douane : « Chef ! dans le cadre des opérations spéciales de l'armée, les informations sur les marchandises saisies et les circuits des contrebandiers pour approvisionner les bandes criminelles et les terroristes sont-elles transmises à la douane, puisque celle-ci est censée être en permanence sur le terrain, contrairement à l'armée ? Ou ces actions sont-elles réalisées sur la base des informations douanières fournies à l'armée, compte tenu de l'effectif réduit de la douane ? »(K.I.D). Une interrogation qui souligne un manque de coordination potentiellement préjudiciable.

Le Niger, Acteur et Non Plus Spectateur

Plus encore, il est temps que le Niger prenne les devants sur la scène internationale. Au lieu de simplement observer, le pays doit définir les paramètres de coopération avec les acteurs étatiques et transnationaux. Le renseignement doit devenir un outil central de cette nouvelle diplomatie offensive, permettant au Niger de s'intégrer pleinement aux projets d'envergure internationale.

Un exemple concret : en combinant les statistiques douanières avec les renseignements internes (armée, police, gendarmerie, garde nationale…), la communauté nigérienne du renseignement pourrait garantir la sécurisation des frontières et du commerce, augmentant ainsi les recettes publiques et coupant les vivres aux groupes armés. Cette approche pourrait même s'étendre à l'Alliance des États du Sahel.

La Douane sur le terrain : une présence fragilisée ?

Les brigades douanières, certes présentes sur tout le territoire, notamment aux frontières, peinent à assurer pleinement leurs missions avec des effectifs limités. Les contrôles sur les personnes, les véhicules, les marchandises et les transports sont cruciaux, mais la nouvelle doctrine, axée sur la traque des flux financiers liés à tous les trafics (stupéfiants, contrefaçons, etc.), exige des moyens renforcés.

Si l’arsenal législatif a évolué (possibilité de constater le blanchiment douanier, de retenir l’argent liquide suspect), les moyens humains et matériels semblent insuffisants. Avec moins de 1000 agents du cadre des douanes, et une estimation minimale de 1758 agents pour assurer les missions de base, comment espérer une couverture efficace du territoire ? Comment une brigade de 20 agents, comme celles de Zinder ou d'Agadez, pourrait-elle sécuriser des frontières aussi vastes que celles partagées avec le Mali, la Libye et le Tchad ? (Pour plus d'informations sur le sujet cliquez ici 👉Gestion des ressources humaines)

En Bref (et avec un clin d’œil)

La douane nigérienne semble avoir opté pour une stratégie pour le moins… audacieuse. Entre les impératifs budgétaires et les enjeux sécuritaires, le cœur balance. Et pour l’instant, c’est le portefeuille qui semble avoir gagné la partie. Reste à savoir si ce choix sera payant sur le long terme. Mais une chose est sûre : à l’OMD, on doit observer tout ça avec un mélange d’intérêt et d’inquiétude. Et nous aussi, d’ailleurs.

Conclusion : un choix crucial et des moyens à la hauteur

La douane nigérienne est face à un choix crucial. Entre les impératifs budgétaires et les enjeux sécuritaires, il est impératif de trouver un équilibre. Mais cet équilibre ne pourra être atteint sans une augmentation significative des moyens alloués à la douane (pas que financières mais certains des ressources humaines à travers un recrutement sans concours des diplômés en douane). Sans cela, les belles intentions et les nouvelles doctrines risquent de rester lettre morte. Et pendant ce temps, les menaces à la sécurité et les pertes de recettes continueront de croître. Il est donc urgent d'agir, et d'investir dans le renforcement des capacités humaines, pour que la douane puisse réellement jouer son rôle de rempart, tant sur le plan économique que sécuritaire.

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